Pour inaugurer ce blog consacré au quotidien d’une « catsitter », et avant de vous parler de mes clients à deux et quatre pattes, j’ai décidé de vous présenter Maki, notre chat. Vous allez certainement penser que je fais partie de ces gens complètement gâteux devant leur animal, de ces maîtres qui dépensent des sommes folles pour nourrir, soigner ou gâter leur « bébé », de ces mémères qui tricotent des pulls pour leur chien, ou de ceux qui traitent leur animal comme une peluche vivante. N’en croyez rien : je suis bien pire que ces gens-là.
Sérieusement, j’aime beaucoup les chats, j’en ai eu plusieurs, mais il n’est pas question pour moi de couvrir mon salon d’un papier peint anglais à motifs « kittens », ou de collectionner des albums de photos de chatons. Ce que j’apprécie particulièrement chez les chats, c’est leur caractère indépendant, ou plutôt ce que nous humains pensons être de l’indépendance. En tout cas, cette manière qu’ont les chats de vous montrer qu’ils sont seuls maîtres à bord me convient parfaitement. En revanche, c’est vrai, je parle aux chats ; mais que faire d’autre ? Je passe mes journée seule avec eux, et d’autre part ce sont d’excellents interlocuteurs : jamais contrariants, rarement bavards, pas ennuyeux pour un sou.
Maki, donc. Télémaque C…/B… pour être exacte. « Maki », parce qu’on rentrait juste du Japon lorsqu’on l’a adopté, et que ce nom lui convenait bien, avec sa petite tête de chat débile et un peu fou. « Télémaque », parce que je tenais absolument à ce qu’il ait un nom un peu prétentieux, inspiré, connoté, et accessoirement que je suis férue de littérature antique. Cela dit, un nom à trois syllabes étant très peu pratique au quotidien (« Télémaque, veux-tu bien avoir l’obligeance de retirer tes griffes de ma jambe », « Télémaque, il est très vilain pour un chat bien élevé de voler ses croquettes dans le placard »), cela se termine le plus souvent par un diminutif. Quant au C…/B… qui suit son nom, disons qu’on s’est trouvé bêtes lorsque le vétérinaire a demandé quel nom de famille il devait mettre sur le carnet de santé. Nous ne sommes pas mariés, Maki est un chat illégitime en quelque sorte ; du coup il porte nos deux noms. C’est ridicule, un chat avec un nom à rallonge.
Mais Maki n’a pas peur du ridicule. Tous les chats que j’ai connus auparavant étaient plutôt du genre susceptible, ayant une certaine conscience des situations humiliantes et réprouvant toute moquerie sur leur Personne. Chaton, lui, s’en moque, justement. Au début, on l’a cru maladroit, un peu jeune, pas fini…Mais cela se confirme, ce chat est un pitre. Parfois installé confortablement sur le canapé ou sur une chaise, il se retourne, s’étire, sans prendre garde aux limites de son support, et s’échoue lamentablement sur le sol. On dit que les chats tombent toujours sur leurs pattes ; soit Maki n’est pas un chat, soit il refuse d’obéir aux lois fondamentales de la gravité féline.
De même lorsqu’il saute pour attraper son plumeau ; il saute d’abord, réfléchit à la réception après. La chute est souvent lourde, le voisin du dessous doit commencer à se poser des questions. Chaton ne s’en pose pas beaucoup, lui. Il tombe, se relève comme si de rien n’était, et repart de plus belle. Une remarque me vient souvent à l’esprit chez mes clients : « tel maître, tel chat ». Là, je me demande auquel de nous deux Maki ressemble. Pas à moi, en tout cas.
J’aime assez son air idiot quand il nous regarde avec sa langue sortie et son air de ne pas comprendre.

Parfois c’est nous qui le tournons en ridicule. Pour cette photo où j’ai lâchement profité d’un sommeil profond, je plaide coupable. Pour ma défense, je dirais qu’il a ouvert les yeux, poussé un soupir et s’est rendormi. J’ai pris ça pour une approbation ; et puis les lunettes lui donnent un petit air intelligent auquel nous ne sommes pas accoutumés.

En revanche ne vous fiez pas à son air angélique sur cette dernière photo. Dans un sursaut de fierté, Maki a pris conscience du ridicule de cet accoutrement, et a rué comme un canasson jusqu’à se débarrasser de cette chose qui, à nos yeux, lui donnait un certain style.
